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L'Islam, la chrétienté, la France (n°2)

L'Islam, la chrétienté, la France

quatre documents décisifs : à suivre chaque mardi

*******************

N°2 : de René Bazin sur le Père de Foucauld

après le passage de Mgr Guérin

 

résumé : La conversion des musulmans est-elle envisageable ?

  présenté par Daniel Artur

Nous avons ici l'intention de nous mettre à l'école du Père de Foucauld, homme de foi et d'expérience, dont l'aventure s'est achevée en 1916, il y a maintenant près d'un siècle. Si l'aspect des choses a pu changer depuis, le fondement est là posé à travers sa personne et il demeure.

La biographie que René Bazin lui a consacrée sous le titre Charles de Foucauld Explorateur du Maroc, Ermite au Sahara, et qui remonte à 1921 (réédité en 2004 par Nouvelle Cité, 92120, Montrouge), est une mine qui va nous renseigner. Elle nous rapporte les observations notées par le Père sur les méthodes d'apostolat au sein des populations musulmanes. De plus son auteur, tout pénétré de la pensée du saint ermite, y va de ses propres commentaires sur cette question qui ne cesse d'être cruciale, et il est d'une pertinence qui aujourd'hui encore donne à réfléchir.

 

Voici donc que Mgr Guérin vicaire apostolique du Sahara vient de rendre visite au Père de Foucauld à fin mai 1903, et qu'ensemble ils arrêtent les dispositions suivantes, résumées par le Père en date du 1er juin de cette année-là :

« 1° Parler beaucoup aux indigènes, et non de choses banales, mais, à propos de tout, en venir à Dieu ; si on ne peut leur prêcher Jésus parce qu'ils n'accepteraient pas certainement cet enseignement, les préparer peu à peu à le recevoir, en leur prêchant sans cesse dans les conversations la religion naturelle,... beaucoup parler et toujours de manière à améliorer les âmes, à les relever, à les rapprocher de Dieu, à préparer le terrain à l'Évangile.

« 2° Disposer des bancs, des abris dans les cours, et faire asseoir les visiteurs, au lieu de les laisser debout... La conversation, quand on est assis, prend plus facilement un tour intime, sérieux.

« 3° Faire profiter l'aumône temporelle au bien des âmes, en parlant de Dieu, et donnant l'aumône spirituelle des bons enseignements à ceux à qui on fait l'aumône matérielle.

« 4° Le travail des évangélisateurs en pays musulman n'est pas seulement de prendre des enfants et de tâcher de leur inculquer les principes chrétiens, mais aussi de convertir, dans la mesure du possible, les hommes faits... Les enfants ne pourront faire germer la semence évangélique jetée dans leurs âmes, s'ils ne trouvent pas le milieu où ils vivent un peu préparé, un peu bien disposé. D'ailleurs, toutes les âmes sont faites pour la lumière, pour Jésus, toutes sont son héritage, et aucune, si elle a de la bonne volonté, n'est incapable de le connaître et de l'aimer... Les musulmans ne sont donc nullement inaptes à être convertis...Appliquons-nous beaucoup à l'évangélisation des hommes d'âge mûr, d'abord par des conversations ne roulant que sur Dieu et la religion naturelle ; puis, selon les circonstances, en donnant à chacun ce qu'on espère lui faire accepter de vérité.

« 5° Tout en évangélisant les pauvres, ne pas négliger les riches. Notre-Seigneur ne les négligea pas ; saint Paul, son imitateur, non plus. Leur amélioration est un bien pour les pauvres eux-mêmes, à cause de leur influence. Leur sincérité est moins douteuse, et il y a moins à craindre qu'ils ne soient des «chrétiens de soupe », n'écoutant les vérités chrétiennes que par intérêt matériel.

« 6°  Je bâtis trop : arrêter, ne pas augmenter mes bâtisses...

«7° Les musulmans du Sahara reçoivent leur fausse religion uniquement par confiance en leurs ancêtres, en leurs marabouts, en ceux qui les entourent, uniquement par l'autorité de ceux-ci sur eux, et sans l'ombre d'un raisonnement, ni d'un contrôle... Nous devons donc tâcher de gagner davantage leur confiance, d'acquérir plus d'autorité que ceux qui les entourent et les endoctrinent. Pour cela, il faut trois choses : l° être très saint; 2° beaucoup nous faire voir aux indigènes; 3° beaucoup leur parler. La sainteté, qui est le principal, nous donnera tôt ou tard l'autorité, inspirera confiance. La vue fréquente fera que nous les retournerons à notre cause, et, si nous sommes saints, ce sera une prédication muette et un affermissement croissant de notre autorité.

« 8° Faut-il, pour amener à Dieu les musulmans, chercher à se faire estimer d'eux en excellant dans certaines choses qu'ils estiment : par exemple, en étant audacieux, bon cavalier, bon tireur, d'une libéralité un peu fastueuse, etc., ou bien en pratiquant l'Évangile dans son abjection et sa pauvreté, trottant à pied et sans bagage, travaillant des mains comme Jésus à Nazareth, vivant pauvrement comme un petit ouvrier ? Ce n'est pas des Chambâa que nous devons apprendre à vivre, mais de Jésus... Nous ne devons pas recevoir leurs leçons, mais leur en donner. Jésus nous a dit : "Suivez-moi." Saint Paul nous a dit: "Soyez mes imitateurs comme je suis l'imitateur du Christ..." Jésus savait la meilleure manière de lui amener les âmes, saint Paul fut son incomparable disciple. Avons-nous espoir de faire mieux qu'eux ? Les musulmans ne s'y trompent pas. D'un prêtre bon cavalier, bon tireur, etc., ils disent : "C'est un excellent cavalier, nul ne tire comme lui" ; au besoin ils ajouteront: "Il serait digne d'être Chambi!" Ils ne disent pas : "C'est un saint." Qu'un missionnaire mène la vie de saint Antoine au désert, ils diront tous : c'est un saint. Avec la raison naturelle, ils donneront souvent leur amitié au premier, au Chambi; s'ils donnent leur confiance pour ce qui regarde l'âme, ils ne la donneront qu'au second. »

Après avoir relevé ces observations, René Bazin emploie sa réflexion à développer les divers aspects du problème dans le contexte politique de l'époque. C'est pour nous l'occasion d'un retour sur nous-mêmes, de voir nos déficiences passées et de tirer parti de cette prise de conscience.

La question qui fut ainsi traitée entre le Père Guérin et le Père de Foucauld, dit-il, est de grande importance; elle est, en outre, pour la France, et pour d'autres nations, la première des questions coloniales. Je dois donc m'y arrêter un peu, et dire, d'abord qu'on ne la connaît guère, et que, d'habitude, on la résout légèrement.

Dans les salons, dans les réunions d'hommes, si l'on s'entretient d'une meilleure administration de nos possessions d'Afrique, on est certain d'entendre exprimer cette opinion : « Les musulmans sont inconvertissables » ou, comme on disait au début du dix-neuvième siècle : « Ils sont inassociables, immiscibles. » Elle est devenue une maxime. Sans doute, elle chagrine, elle froisse plusieurs de ceux qui l'entendent, mais elle trouve parmi eux peu de contradicteurs. Hélas! le monde immense qu'elle condamne et dont elle désespère est loin de nos yeux. Nous ne voyons pas assez nettement l'injustice dont nous sommes ainsi complices en nous taisant. Ceux dont les intérêts purement terrestres orientent presque toujours l'effort ne mesurent pas le danger que le développement même de notre puissance coloniale nous fait courir, si nous ne savons pas nous concilier les esprits et les cœurs. Ou bien, malgré tant d'avertissements, ils s'imaginent, - et c'est là une infirmité des intelligences dénommées « pratiques », - que la civilisation mécanique et économique a le pouvoir de changer le fond des âmes, et de transformer en amis fidèles des peuples que leur religion excite à nous mépriser et à nous maudire, et qui apprennent, sous la tente ou dans la maison de terre, à répéter le proverbe: « Baise la main que tu ne peux couper»

Voyez cependant ce qu'il y a d'inhumain, de contraire à la charité, dans cette opinion si répandue! Plusieurs centaines de millions d'hommes seraient donc dans l'impossibilité de connaître la vérité et de s'élever jusqu'à la civilisation véritable ? Le musulman serait à perpétuité un être inférieur ? Il y aurait, ici-bas, deux sortes d'âmes, des païennes, des bouddhistes, des juives qui peuvent apercevoir la beauté transcendante de la religion chrétienne, se convertir et fraterniser avec les peuples du Christ, puis les âmes musulmanes, incapables de comprendre ou incapables de cette part de volonté qui entre dans toute conversion ? Est-ce acceptable ? Une si grande injure peut-elle erre faite aux hommes ?

N'est-elle pas faite d'abord à Dieu ? N'est-ce pas nier son pouvoir, sa grâce, sa parole formelle, puisqu'il a commandé de prêcher l'Évangile « à toute nation » ? La raison, et la révélation qui la dépasse et la contente, défendent de prononcer contre aucune race humaine, contre les sectateurs d'une fausse religion quelconque, un arrêt si cruel.  

Voilà pour l'objection de principe. Je reviendrai tout à l'heure sur celle qu'on prétend tirer de l'expérience. Ce qui est hors de doute, c'est que les gouvernements successifs de la France, au siècle dernier et au nôtre, ont agi comme s'il était certain, a priori, que les musulmans ne peuvent devenir chrétiens.

(...)

 Notre empire africain a été doté de routes, de chemins de fer, de tramways, de bureaux de poste et de télégraphe; on a répandu de nouvelles cultures ou de nouvelles méthodes agricoles, établi des hôpitaux et des dispensaires, bâti des écoles où tout est enseigné, excepté la religion chrétienne. Les indigènes sont-ils plus près de nous, par l'esprit, qu'au début de la conquête ? Usant, très volontiers, de plusieurs des biens que notre civilisation leur apporte, ont-ils accepté celle-ci et peut-on dire qu'ils se considèrent comme les fidèles sujets de la France, et à jamais ?

Il suffit de connaître un peu l'histoire des trente ou quarante dernières années, non pas même celle des régions nouvellement annexées, mais celle des trois départements anciens, Alger, Oran, Constantine, pour répondre : non. Il suffit de moins encore : de se promener pendant une heure au milieu des foules musulmanes, et de savoir lire dans les yeux. Sans doute, pendant la Grande Guerre, des milliers d'Arabes ou de Berbères sujets de la France, sont venus combattre à côté de nos troupes métropolitaines, et beaucoup sont morts pour notre salut. Il y eut là une preuve de loyalisme qui ne sera jamais oubliée. Mais bien des tribus et des peuples, depuis que le monde est monde, firent la guerre pour soutenir des causes qui n'étaient point celles de leur cœur, mais plutôt celles de leur courage, de leur intérêt, de leur fierté. Il serait faux, et donc dangereux, de croire que, depuis 1914, les populations musulmanes de l'Afrique du Nord se sont assimilées à nous, ou simplement rapprochées de nous, et qu'il y a entre elles et nous, intelligence, estime, amitié, seuls liens durables.

La faute en est aux hommes, bien différents, par l'origine et le talent, mais semblables par l'illusion ou le préjugé qui ont conduit les affaires africaines pendant le dernier siècle et au début de celui-ci. Ils n'ont pas compris que notre civilisation est chrétienne essentiellement. Certains ont pu rejeter pour eux-mêmes toute religion : ils ne peuvent faire que toute notre histoire ne soit celle d'une nation façonnée par le catholicisme que notre sensibilité, nos habitudes, nos mœurs, notre charité, ne proclament pas la foi qui les a formées. S'ils ne reconnaissent pas, dans l'état présent, cette vérité, elle apparaît comme évidente aux musulmans, habitants de nos colonies, qui appellent indistinctement les Français du nom de chrétiens. Ce sont les musulmans qui ont ici raison contre des politiques à bien courte vue. Ils jugent qu'au fond, cette puissance antique, à laquelle la leur s'est heurtée, plus d'une fois dans le passé, est demeurée la même. Nous sommes pour eux et nous serons les Roumis. La neutralité proclamée de l'État, les actes de persécution, les discours, même les faveurs imprudentes accordées à l'islamisme, ne les empêchent pas de voir que la vocation de la France n'a pas changé. Et d'ailleurs, si jamais, - ce dont il n'y a nulle apparence, - les Français devaient abjurer la foi catholique, nous n'aurions rien gagné auprès des musulmans de l'Afrique, et nous serions devenus plus sûrement encore et irrémédiablement un objet de mépris pour ces peuples religieux.

Une faute de cette sorte, ignorance ou négation des âmes, a des conséquences si nécessaires, qu'en cherchant à nous concilier les indigènes, nous avons souvent travaillé contre notre intérêt. je n'en veux donner que deux preuves.

D'abord, nous nous sommes trompés en organisant l'école. Les témoignages abondent ; je ne retiens que l'un des plus récents. Dans son numéro du 11 décembre 1920, une revue française, la Renaissance, publiait sur la Politique musulmane un article d'un Africain. L'auteur dénonçait une espèce de « fureur scolaire » qui a fait créer partout, en Algérie, pour les enfants des races primitives qui vivent là, des écoles où il semble que la principale affaire soit d'exalter «la liberté, les droits du citoyen, l'électorat, le tout considéré comme bien suprême ». Idéologie funeste en France, et qui l'est plus encore entre la mer et le désert. Quel résultat devions-nous attendre d'un enseignement si peu adapté ? Celui-ci même qu'il a donné: « L'expérience, d'une manière générale, a montré que, plus les indigènes avaient acquis de culture française, plus ils avaient tendance, en secret ou ouvertement, à nous haïr ; cette constatation, évidemment décevante, vient de l'avis unanime de ceux qui ont observé, sans parti pris, les résultats offerts. »

Des publicistes, témoins informés de l'erreur commise, et prévoyant le danger, ont proposé ce remède: que l'enseignement distribué aux indigènes fût désormais tout à fait rudimentaire. Cela n'est pas digne d'une nation comme la nôtre. On ne voit pas, d'ailleurs, comment les petits Arabes, demeurés ignorants ou à peu près, nous aimeraient d'autant mieux qu'ils auraient moins appris. Le mal dont on se plaint ne serait pas guéri. Il est dans le principe même de l'éducation donnée. Exaltant les droits de l'individu, et lui offrant, comme une vérité première, l'idée orgueilleuse et fausse d'égalité, il n'est pas étonnant qu'elle développe encore l'esprit d'insubordination de l'Arabe. Elle répand, chez les fils, le mépris du milieu et de la condition commune, et les pousse à en sortir pour occuper ce qu'on nomme « une bonne place ». Elle prépare ainsi un grand nombre de déclassés, qui seront demain des désabusés, après-demain des ennemis irréconciliables de l'autorité française. (...)

L'autre erreur consiste à favoriser et à répandre l'islamisme. Que nous la commettions, et de propos délibéré, il est inutile d'en donner des exemples ; ils abondent, et le mufti hanéfite d'Alger pouvait raisonnablement dire à un de ses amis : « Notre culte est le seul qui soit reconnu par l'État français. » Or, l'histoire de quatorze siècles, l'expérience quotidienne de tous ceux qui habitent parmi des populations musulmanes, nous apprennent que l'animosité contre le chrétien est, en fait, développée par l'enseignement de la loi coranique. (...) Nous pouvons conclure de là que tout acte de la puissance publique qui tend à développer l'enseignement du Coran est fait contre nous-mêmes. C'est assez de ne point entreprendre sur la liberté religieuse des musulmans, de leur laisser leur culte et leurs coutumes, d'être parfaitement justes envers eux, et parfaitement bons: en allant au delà, nous sommes faibles, et même un peu plus que faibles. 

(...) Ni notre cœur, ni notre intérêt, ne nous conseillent de restreindre notre ambition à quelque alliance économique, inférieure et précaire, avec les peuples musulmans qui vivent dans le domaine de la France. [Comme le dit Snouck Hurgronje] : « il faut que l'annexion matérielle soit suivie de l'annexion spirituelle ». Or, c'est là un vœu qu'on peut former sans être catholique. Du jour où le musulman comprendra la beauté du catholicisme, il aura compris la France; et dans la mesure où il admirera la charité chrétienne, il nous aimera.

Est-ce à dire qu'il faille chercher à convertir les musulmans, et a faire d'eux des chrétiens ? La formule serait ambiguë; elle ne préciserait point de quelle manière lente, douce et fraternelle, une telle conversion, si Dieu le permet, doit s'accomplir. Mieux vaut dire ceci: il faut que la France, chargée d'une nombreuse famille coloniale, prenne enfin conscience de toute sa mission maternelle, et que les musulmans, comme les païens, sujets d'une grande nation catholique par son histoire, par son génie, par toute son âme et par ses épreuves mêmes, puissent connaître le catholicisme, et y venir, s'ils le veulent.

Du moins, ils le connaîtront, et d'abord par sa charité. C'est elle qui sera l'ambassadrice. Qu'on la laisse donc aller vers eux; qu'elle ne soit pas entravée, soupçonnée, mais amicalement soutenue. Nous sommes dans notre propre domaine, en présence d'un peuple immense, tout pétri d'erreurs, de colères entretenues depuis des siècles, de rancunes également dont plusieurs sont fondées. La première oeuvre à faire est , «d'apprivoiser les musulmans », selon l'expression chère au Père de Foucauld, et à son ami le général Laperrine, qui conduisit si souvent, dans le désert, des « tournées d'apprivoisement ». Les fonctionnaires, les officiers peuvent avoir là un rôle magnifique. Que par eux la justice de la France, c'est-à-dire la justice chrétienne ; la bonté de la France, c'est-à-dire la bonté chrétienne, apparaissent à ces hommes qui n'ont pas soif seulement de l'eau des puits. Mais que la charité ingénieuse et forte, celle qui connaît, depuis deux mille ans, toute douleur humaine, soit libre aussi de consoler, de soigner, de guérir, et de durer, comme dure le mal et comme dure la souffrance, en se renouvelant. Qu'elle puisse fonder ses salles d'asile et ses écoles, ses dispensaires et ses hôpitaux, ses orphelinats de jeunes gens et de jeunes filles, ses maisons de retraite pour les vieux qui sont rejetés de tous ! Elle recevra la misère sans certificat de bonne vie et mœurs, sans exiger l'extrait du casier judiciaire, ni se préoccuper de la croyance de ses clients. Elle prêchera son Dieu silencieusement, si elle est assez magnifique pour qu'on ne puisse pas ne pas apercevoir en elle un rayonnement divin. Cela durera des années, peut-être beaucoup d'années. Elle a tout l'avenir devant elle; la France aussi : on peut attendre. Sûrement, joignant ses efforts à ceux que j'ai dits déjà, elle nous obtiendra ce beau triomphe: que les peuples musulmans, sans accepter encore la doctrine chrétienne, en auront du moins l'intelligence, l'estime et çà et là le désir secret. Et si, plus tard, des âmes musulmanes, persuadées ainsi qu'il n'y a rien dans l'Islam qui vaille la France charitable et religieuse, en venaient à dire : « Si le disciple est ainsi, que doit être le maître ? Apprenez-nous la loi qui vous fait le cœur si grand ? » quel bien pour l'État, quelle francisation de l'Afrique du Nord! Ce serait un monde régénéré, une France prolongée, notre pouvoir reconnu, l'avenir assuré, et la plus haute gloire qu'une nation civilisée puisse vouloir et obtenir : la création à son image !

Ici, nous nous heurtons à l'objection banale : les musulmans, en fait, ne se convertissent pas ; il n'y en a, pour ainsi dire, point d'exemple. C'est une erreur moins grave que de prétendre qu'ils ne peuvent pas se convertir : c'en est une cependant.

Toute la vie d'apostolat du Père de Foucauld a été fondée sur la conviction qu'il est possible, au contraire, par la prière, l'exemple, une prédication qui tient compte de l'ancienneté de leur erreur et de la faiblesse d'une pauvre volonté humaine en lutte contre des siècles et contre un peuple entier, d'amener peu a peu les musulmans à la pleine grâce du Christ.

(...)

La difficulté n'est pas tant de persuader un musulman de la vérité de la religion chrétienne, que d'assurer la persévérance du converti. Les Arabes devenus chrétiens ne peuvent plus vivre où ils vivaient. Ils sont hors-la-loi. Tout est mis en oeuvre pour leur faire abandonner la foi ; leur vie même est menacée, et la crainte de les voir apostasier, c'est-à-dire se charger d'un crime énorme, est la raison qui empêche souvent d'accueillir la demande des catéchumènes, et de les baptiser. Le temps de la préparation collective à recevoir la foi ne peut être court. Il faut changer l'esprit public avant d'achever les conversions individuelles. L'habitation dans les centres de population musulmane, le dévouement, la charité, l'école, la conversation sur les sommets accessibles à la raison, doivent préparer la prédication de la doctrine révélée. Les hommes qui ont le mieux aimé l'Afrique n'ont cessé de recommander cette méthode. Ils n'ont pas prétendu que le musulman fût inconvertissable.

Dans son diaire, après avoir résumé les conseils de Mgr Guérin, le Père de Foucauld cite des passages d'une vie de saint Pierre Claver, qui, à Carthagène des Indes, se dévouait à la conversion des Maures. Le livre raconte que le saint, par sa charité, vainquit beaucoup de ces âmes rudes et hostiles. « Dès que le Père Claver apprenait l'arrivée de quelque flotte chargée de Maures, il allait aussitôt les chercher, soit sur les vaisseaux, soit dans les rues, soit dans les maisons de la ville, il tâchait de lier peu à peu amitié avec eux, S'intéressait à leurs affaires, leur demandait s'ils avaient besoin de quelque chose. En même temps, il leur faisait entendre qu'ils pouvaient disposer de lui, et qu'il était prêt à les secourir, en tout ce qui dépendrait de ses soins. Enfin, il faisait si bien, par sa persévérance et par ses services, qu'il les gagnait insensiblement à Jésus-Christ. »

(...)

On citerait aisément des musulmans convertis par une sorte de miracle de la grâce, ou par la méditation des dogmes chrétiens, ou par l'étude de la mystique, ou par l'admiration pour la supériorité morale de personnes chrétiennes. Il y a eu des conversions de familles musulmanes entières (familles des émirs Chébab et Bellama, en Syrie, à la fin du dix-huitième siècle). Il y a eu des conversions en masse de colons musulmans, - souvent berbères, - en diverses provinces d'Espagne, conversion des Maragatos, des environs de Léon et d'Astorga, aux dixième et onzième siècles; des agriculteurs de Majorque au treizième; de ceux de Jaén au quatorzième, grâce aux prédications et aux exemples de saint Pierre Pascal; et de même en Italie, en Crète; de nos jours, une société russe orthodoxe s'est vouée à la conversion des musulmans de Kazan, et y réussit, par une méthode qui se rapproche de celle du Père de Foucauld. Mais n'avons-nous pas, tout près de nous, le spectacle des chrétientés kabyles groupées autour des postes des Pères Blancs ? Débuts sans doute, minces chrétientés disséminées en onze points, souvent éloignés, de ce pays de montagnes, composées chacune de trente, quarante, cinquante familles, mais preuve vivante qu'il est possible d'amener des musulmans au catholicisme. J'ai visité, en haute Kabylie, un de ces postes de missionnaires, celui des Beni-Mengallet. J'ai assisté à la grand-messe, au milieu d'une assemblée de quatre-vingts fidèles. Les hommes et les petits garçons, une soixantaine, occupant la partie haute, les femmes et les petites filles la partie basse de la chapelle. Je regardais ces jeunes cultivateurs berbères, blancs de visage, portant la moustache, solides, graves, attentifs, et je les trouvais assez pareils, sauf par le costume, à nos paysans de France.

      (...)

... pour des causes diverses, les gouverneurs généraux n'ont pas compris, ou n'ont pas paru comprendre que la paix africaine sera la suite certaine et la récompense de la conversion de l'Afrique, et que tous les autres moyens, la force et la faiblesse, la répression, la flatterie, l'abondance des richesses et des inventions, ne rapprocheront pas de nous un peuple qui ne voit en nous que des païens, et nous nomme de ce nom. Il faut qu'il aperçoive la plus grande supériorité, l'essentielle : la religieuse. C'est à des cœurs gagnés par la sainteté, qu'il sera possible un jour d'expliquer la doctrine.

(...)

Qu'on remonte à l'Évangile : le Sauveur n'a pas usé d'une autre méthode. Lui aussi, il s'adressait à une race difficile et bien éloignée de reconnaître le Messie dans l'homme qui allait être et qui était déjà l'Homme de douleurs. Il ne commence point par exposer le dogme; il ne découvre sa divinité que par degrés ; ayant un si magnifique message à transmettre, il ne le fait pas sans délai. Il craint d'effaroucher et de rejeter ses amis les Israélites. Mais il prêche d'abord ce qui peut le mieux atteindre les âmes, les élever, les épanouir et attirer : la charité, l'humilité, la fraternité, le pardon des injures, le mépris de la richesse. Le sermon sur la montagne rassemble ces traits de la première prédication du Christ. Et c'est le sermon sur la montagne que le Père de Foucauld a toute sa vie répété aux musulmans.

Si nous ne changeons pas nos méthodes présentes de colonisation, ce même témoin, très français et très sûr, n'hésitait pas à prédire qu'avant cinquante ans nous serions chassés de l'Afrique du Nord , ainsi qu'il l'écrivait le 29 juillet 1916 :

  «Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie ; une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française sans avoir l'espoir, ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir, par elle, influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera donc dans l'élite instruite ; quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au-dedans ou au-dehors, elle se servira de l'Islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.

« L'empire nord-ouest africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens »

 

Charles de Foucauld Explorateur du Maroc, Ermite au Sahara,

Nouvelle Cité,  92120 Montrouge - février 2004 pp 277 à 291

 

Nous aurions donc manqué notre vocation. Aussi nous reste-t-il beaucoup à faire !

 

Prochain article : mardi 28 mars 2006

 

"Les bons, je ne sais pourquoi, sont plus lents.

Ils négligent d'agir dès les premiers symptômes et finalement n'agissent que par nécessité,

de sorte qu'ils agissent toujours avec mollesse et retard.

Pour garder la paix sociale ils acceptent de perdre leur dignité.

Ils perdent l'une et l'autre."

Cicéron

 
 

 

 

 

 


Date de création : 21/03/2006 07:21
Dernière modification : 15/04/2006 08:23
Catégorie : Information


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