Un devoir de mémoire s'impose en Vendée
suite aux
premières fouilles de charniers de Vendéens
Ndlr : Nous reproduisons avec émotion l'article
d'Yves Miserey paru dans Le Figaro du 1er juillet 2010.
Voir aussi l'article de l'INRAP, avec photo, par le lien http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Communiques-de-presse/Les-derniers-communiques/Communiques-nationaux/p-10488-Le-Mans-archeologie-de-la-viree-de-Galerne.htm
Neuf fosses contenant les restes de
200 victimes de la bataille du Mans viennent d'être découvertes.
Au pied d
e la vieille ville, à
deux pas de la cathédrale, le chantier est caché par de hautes balustrades. Une
vaste cuvette bordée d'arbres, encore toute boueuse après les pluies diluviennes
de l'orage de la veille. C'est là que la ville du Mans va construire son futur
centre culturel des Jacobins. Les travaux devraient débuter l'année prochaine.
En attendant, le site est entre les mains de l'Institut national de recherches archéologiques
préventives (Inrap). Des charniers de la guerre de Vendée
ont été découverts, contenant pas loin de deux cents corps entremêlés et
empilés les uns sur les autres. Les vestiges d'un site gallo-romain exhumés un
peu plus bas que les fosses suscitent moins d'intérêt et de curiosité.
C'est la première fois que des fouilles sont
menées sur des charniers de la guerre de Vendée, comme si l'on craignait de
réveiller des fantômes. Il y a toujours eu beaucoup de réticences dans notre
pays à propos de cet épisode qui opposa les soldats de la République et les
insurgés de l'ouest de la France, plus connus sous le nom de Vendéens. Les manuels
d'histoire et le «récit national» ont longtemps gommé ou travesti cette guerre
civile aussi féroce que celles qui déchirent aujourd'hui encore certains pays.
Les 12 et 13 décembre 1793, la bataille
du Mans fut un véritable massacre. Arrivée par surprise pour en finir avec
l'insurrection, l'armée républicaine ne fit pas de quartier. Affamé et malade,
le gros de la troupe des Vendéens, dont la moitié était composée de femmes, de
vieillards et d'enfants, s'était réfugié au Mans dans l'espoir de trouver
de la nourriture et de pouvoir se soigner. On estime qu'il y eut entre
2000 et 5000 personnes tuées.
Six des neuf fosses découvertes [voir les photos sur le
site de l'Inrap] ont été presque entièrement fouillées.
Elles ne représentent qu'une partie des victimes, puisqu'elles rassemblent en
tout près de deux cents squelettes. Les autres ont été ensevelies en dehors du
site du chantier. Nombre d'individus portent des traces de très sévères
blessures portées par des armes blanches au crâne ou sur les os des bras ou des
membres inférieurs. «Certaines témoignent d'une grande violence et d'un
acharnement manifeste», souligne Élodie Cabot, anthropologue à l'Inrap. Des
femmes et des garçons âgés de 12 à 13 ans (des enfants-soldats) font
partie des victimes ainsi qu'un jeune enfant de 3 ans. Plusieurs personnes
ont été exécutées par balles.
«On marche sur des œufs »
«Les impacts d'armes à feu sur l'os sont plus
rares, mais ils sont confirmés par la découverte de balles et de clous utilisés
dans les tirs à mitraille», note l'anthropologue. Les plombs et autres pièces
retrouvées dans les fosses vont être transmises pour étude au Musée des
Invalides. Il reste peu de pièces vestimentaires :
quelques boutons de chemise et de culotte ainsi que des boucles de ceintures,
des canifs et des chapelets. Les morts ont été dépouillées de leurs effets
avant d'être ensevelies sans précaution funéraire.
Les archéologues ont très vite pu constater que
leurs travaux sont au cœur de certains enjeux qui les dépassent. «On marche sur
des œufs, confie Élodie Cabot. Si on ne communique pas, on est critiqués parce
qu'on nous accuse de prendre le parti des républicains. Si on communique, les
photos des charniers se retrouvent aussitôt sur Internet avec des
interprétations tendancieuses.» Elle souligne que certains soldats de l'armée
républicaine faisaient aussi partie des victimes.
La jeune anthropologue a lancé un projet de
recherche très ambitieux auquel vont participer les meilleurs laboratoires
français de paléoanthropologie. «C'est exceptionnel, de posséder les restes
d'une population aussi homogène et nombreuse, avec des hommes, des femmes et
des enfants.» L'étude de l'ADN devrait permettre notamment de dresser le bilan
sanitaire des populations rurales de l'ouest de la France au début du XXe siècle. Une comparaison du génome des habitants du Maine-et-Loire de
cette époque et d'aujourd'hui pourrait également être entreprise.
Résultats attendus dans deux ans.